La mise en place d’un groupe thérapeutique pour les auteurs de violences sexuelles


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Avec Chloé Danguy Teyssier, psychologue au CRIAVS Île-de-France.
Réalisé par Sébastien Brochot, préventeur-formateur au CRIAVS Île-de-France.
Le CRIAVS Île-de-France est un service des Hôpitaux de Saint-Maurice dirigé par Dr Walter Albardier.

Il existe plusieurs sortes de groupes pouvant accueillir des auteurs de violences sexuelles.

Il y a des groupes proposés dans le cadre des « PPR », les programmes de prévention de la récidive. Ils sont mis en place par les services pénitentiaires d’insertion et de probation, les « SPIP » et ont pour objectif de prévenir la commission d’une nouvelle infraction.
Il y a aussi des groupes qui vont développer les habiletés sociales, de type psycho-éducatif.

Il y a, enfin, les groupes thérapeutiques. C’est de ceux-là dont nous allons parler.

Mettre en place un groupe thérapeutique implique de réfléchir à plusieurs choses, de penser un projet, afin de constituer le cadre du groupe.

D’abord, il faut se demander qui y participe et comment les patients seront recrutés. Ce sont les indications au groupe. Soit on fait le choix du type de groupe, de ses modalités, éventuellement de ses médiations, et après on choisit les patients qui correspondent à ça, soit on fait l’inverse : on pense à des patients et on crée un groupe pour eux, un peu sur mesure. On peut mettre en place des groupes spécifiques aux auteurs de violences sexuelles, ou sous spécifiques, par exemple pour les auteurs de violences sexuelles sur mineurs, ou sur adultes, composés uniquement d’hommes, ou mixtes.

Une fois que l’on a réfléchi les indications, il faut réfléchir aux contre-indications, les patients qui ne peuvent pas s’insérer au groupe. Les patients psychotiques, dans une phase aiguë, ça peut être compliqué de les mettre en groupe. Le groupe pourrait être vécu comme persécutant.

On choisit ensuite le nombre de patients à recruter, et la façon dont ils seront recrutés : via des collègues qui vous les orienteront, en faisant connaître le groupe à tous ou en s’adressant directement à certains patients.

Il s’agit ensuite de déterminer si on met en place un groupe ouvert, semi-ouvert ou fermé, c’est-à-dire un groupe où les participants vont et viennent de manière libre, ou un groupe où les participants sont les mêmes du début jusqu’à la fin. Cela implique de penser la temporalité du groupe : si on met en place des sessions dans un temps imparti ou si cela se dessine sur la durée, et dans ce cas, quelle longévité, quelle régularité et quelle durée de séance ? L’important est de réfléchir à ce que ça implique tant du côté des patients, qui peuvent être confrontés à la difficulté de la séparation lorsqu’un participant s’en va par exemple, que du côté des soignants, à savoir si ce sont les mêmes qui assureront le suivi, ou si une rotation est envisagée.

Les thérapeutes, justement. Souvent, on préconise d’être en binôme. Un psychologue et un infirmier, un psychologue et un psychiatre, deux psychologues, à vous de voir. Il faut pouvoir réfléchir à la façon dont chacun prend place au sein du groupe : est-ce qu’il participe ? Est-ce qu’il observe ?

D’autres questions se posent : peut-on mener un groupe avec des patients que l’on suit en individuel ? Si le thérapeute de groupe ne connaît pas le patient en relation individuelle, sa relation peut paraitre plus lointaine, plus neutre, avec un regard plus objectif. Inversement, lorsque le thérapeute de groupe est aussi le thérapeute individuel, on est davantage pris dans une relation privilégiée. En fait, charge à chaque thérapeute d’observer ce qui se joue du côté des transferts et de prendre en compte leur impact sur leur relation de l’un à l’autre.

Il faut aussi pouvoir prévoir un temps de reprise en individuel de ce qui s’est pensé, éprouvé, pendant le temps de groupe. Le temps de reprise permet de lier les deux espaces d’un même dispositif, l’individuel et le groupe. Ce qui se travaille dans un espace est repris dans l’autre, et vice versa. Ça va permettre au patient, peu à peu, de différencier le public et l’intime : il y a des choses qui peuvent être dites en individuel et non en groupe ou le contraire.

Enfin, il est aussi important de réfléchir à l’outil de médiation que l’on choisit, si on en choisit un. Vous trouverez plusieurs outils sur le site violences-sexuelles.info.

Vous voyez que la mise en place d’un groupe thérapeutique nécessite de se poser un tas de questions, sans réponse définie en fait, à vous de construire ce projet en fonction des patients, de vos compétences, de l’institution dans laquelle vous intervenez, avec les possibilités qu’elle offre et les contraintes qu’elle impose, d’espace, de temps, de possibilité de reprise en équipe. Assurez-vous cependant de n’être pas seul à porter ce projet. Les CRIAVS, Centres Ressources pour Intervenants auprès d’Auteurs de Violences Sexuelles, peuvent vous y aider !

La prise en charge groupale des auteurs de violences sexuelles


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Avec Chloé Danguy Teyssier, psychologue au CRIAVS Île-de-France.
Réalisé par Sébastien Brochot, préventeur-formateur au CRIAVS Île-de-France.
Le CRIAVS Île-de-France est un service des Hôpitaux de Saint-Maurice dirigé par Dr Walter Albardier.

Il existe plusieurs dispositifs pour la prise en charge des auteurs de violences sexuelles. On peut recevoir un patient seul, en séance individuelle, ou rencontrer plusieurs patients en même temps, en séance groupale. C’est ce dont nous allons parler.

On peut avoir des tas de raisons pour mettre en place un groupe : une demande de la hiérarchie, une indication thérapeutique, un souhait du thérapeute, et ça peut aussi avec un objectif économique, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale. Le groupe permettait de prendre en charge un plus nombre de personnes traumatisées par le conflit.

Alors, dans quelles situations la prise en charge groupale est-elle indiquée sur le plan thérapeutique ?

On sait que certains patients ayant commis des violences sexuelles peuvent mettre leur thérapeute dans un état de sidération. On sait aussi que certains patients sont dans des fonctionnements complexes, avec des aménagements défensifs rigides comme le déni, le clivage ou la relation d’emprise. Ils peuvent attaquer le cadre, ou rester dans des discours de surface.

Tout cela rend la conduite des entretiens individuels compliquée et il est difficile de faire advenir alors un processus psychique qui inviterait au changement.

Le psychiatre Claude Balier a beaucoup travaillé sur cette problématique dans les années 80-90, et sa proposition était d’aménager la rencontre. C’est à dire : ne pas travailler seul, organiser le partage d’information, être vigilant aux clivages entre les différents corps professionnels. Ne pas travailler seul permet d’éviter la relation en face à face, qui pose des difficultés.

On va donc aménager le cadre, en renonçant par exemple à une position de neutralité ou en recevant les patients à deux thérapeutes.
Cependant, un autre problème se pose. Pour beaucoup de ces patients, une attention trop ciblée sur leur vécu intérieur est perçue comme une intrusion insupportable, parce que ça vient attaquer les aménagements défensifs mis en place, dans lesquels ils sont pris : le clivage, le déni…

Cette confrontation au déni et la souffrance, que la thérapie va engendrer, impose d’établir un « contenant psychique » plus rassurant. Le groupe peut avoir cette fonction de contenant. Le psychanalyste Didier Anzieu parle d’enveloppe groupale, comme si le groupe était une coque faisant tenir tous les individus ensemble.

En mettant en place un groupe thérapeutique avec des auteurs de violences sexuelles, on espère lever le déni, le clivage et amorcer une dynamique de changement. Le patient va se confronter à l’histoire et au discours des autres participants qui peuvent résonner, faire écho à sa propre histoire. Il va pouvoir établir des liens entre ce qui se vit dans le groupe et ce qui a été vécu dans le passé.

Et puis le groupe, avec sa microculture comprenant ses règles, ses interdits, ses tabous et son idéologie peut être une bonne médiation aux relations. Il peut aider les participants à reconstituer leur histoire personnelle, restituer la valeur traumatique des éléments déniés. Les angoisses qui naîtront pendant les séances seront alors contenues par le cadre offert par le groupe. Les participants pourront se sentir revalorisés, renarcissés et soutenus.

La cohésion de groupe permet cette mise au travail, dont les effets escomptés sont l’étayage, la valorisation, la reconnaissance des autres membres, l’identification.

Par la confrontation au regard des autres participants, ayant déjà expérimenté parfois le dispositif, par un jeu d’identifications en fait, cela permet au sujet d’explorer ses propres ressentis émotionnels. L’idée étant d’amener les patients à identifier ses émotions et à s’approprier celles d’autrui, de façon à comprendre comment leurs actions entrainent des effets chez l’autre, des émotions. Il s’agit d’un travail pour développer l’empathie et l’altérité chez des patients qui présentent souvent des difficultés à décrire leur vécus émotionnels et à percevoir les émotions, avant qu’elles n’entrainent chez eux un passage à l’acte, seule décharge possible à ce moment là.

C’est pour toutes ces raisons que l’on voit de plus en plus de groupes proposés aux auteurs de violences sexuelles.