La prise en charge groupale des auteurs de violences sexuelles


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Avec Chloé Danguy Teyssier, psychologue au CRIAVS Île-de-France.
Réalisé par Sébastien Brochot, préventeur-formateur au CRIAVS Île-de-France.
Le CRIAVS Île-de-France est un service des Hôpitaux de Saint-Maurice dirigé par Dr Walter Albardier.

Il existe plusieurs dispositifs pour la prise en charge des auteurs de violences sexuelles. On peut recevoir un patient seul, en séance individuelle, ou rencontrer plusieurs patients en même temps, en séance groupale. C’est ce dont nous allons parler.

On peut avoir des tas de raisons pour mettre en place un groupe : une demande de la hiérarchie, une indication thérapeutique, un souhait du thérapeute, et ça peut aussi avec un objectif économique, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale. Le groupe permettait de prendre en charge un plus nombre de personnes traumatisées par le conflit.

Alors, dans quelles situations la prise en charge groupale est-elle indiquée sur le plan thérapeutique ?

On sait que certains patients ayant commis des violences sexuelles peuvent mettre leur thérapeute dans un état de sidération. On sait aussi que certains patients sont dans des fonctionnements complexes, avec des aménagements défensifs rigides comme le déni, le clivage ou la relation d’emprise. Ils peuvent attaquer le cadre, ou rester dans des discours de surface.

Tout cela rend la conduite des entretiens individuels compliquée et il est difficile de faire advenir alors un processus psychique qui inviterait au changement.

Le psychiatre Claude Balier a beaucoup travaillé sur cette problématique dans les années 80-90, et sa proposition était d’aménager la rencontre. C’est à dire : ne pas travailler seul, organiser le partage d’information, être vigilant aux clivages entre les différents corps professionnels. Ne pas travailler seul permet d’éviter la relation en face à face, qui pose des difficultés.

On va donc aménager le cadre, en renonçant par exemple à une position de neutralité ou en recevant les patients à deux thérapeutes.
Cependant, un autre problème se pose. Pour beaucoup de ces patients, une attention trop ciblée sur leur vécu intérieur est perçue comme une intrusion insupportable, parce que ça vient attaquer les aménagements défensifs mis en place, dans lesquels ils sont pris : le clivage, le déni…

Cette confrontation au déni et la souffrance, que la thérapie va engendrer, impose d’établir un « contenant psychique » plus rassurant. Le groupe peut avoir cette fonction de contenant. Le psychanalyste Didier Anzieu parle d’enveloppe groupale, comme si le groupe était une coque faisant tenir tous les individus ensemble.

En mettant en place un groupe thérapeutique avec des auteurs de violences sexuelles, on espère lever le déni, le clivage et amorcer une dynamique de changement. Le patient va se confronter à l’histoire et au discours des autres participants qui peuvent résonner, faire écho à sa propre histoire. Il va pouvoir établir des liens entre ce qui se vit dans le groupe et ce qui a été vécu dans le passé.

Et puis le groupe, avec sa microculture comprenant ses règles, ses interdits, ses tabous et son idéologie peut être une bonne médiation aux relations. Il peut aider les participants à reconstituer leur histoire personnelle, restituer la valeur traumatique des éléments déniés. Les angoisses qui naîtront pendant les séances seront alors contenues par le cadre offert par le groupe. Les participants pourront se sentir revalorisés, renarcissés et soutenus.

La cohésion de groupe permet cette mise au travail, dont les effets escomptés sont l’étayage, la valorisation, la reconnaissance des autres membres, l’identification.

Par la confrontation au regard des autres participants, ayant déjà expérimenté parfois le dispositif, par un jeu d’identifications en fait, cela permet au sujet d’explorer ses propres ressentis émotionnels. L’idée étant d’amener les patients à identifier ses émotions et à s’approprier celles d’autrui, de façon à comprendre comment leurs actions entrainent des effets chez l’autre, des émotions. Il s’agit d’un travail pour développer l’empathie et l’altérité chez des patients qui présentent souvent des difficultés à décrire leur vécus émotionnels et à percevoir les émotions, avant qu’elles n’entrainent chez eux un passage à l’acte, seule décharge possible à ce moment là.

C’est pour toutes ces raisons que l’on voit de plus en plus de groupes proposés aux auteurs de violences sexuelles.

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